Surveillance : Internet n’y est pour rien

Oui, Internet a introduit une surveillance généralisée de toute la population. Non, ce n’est pas le problème. Les vrais problèmes ne changent pas : justice, discrimination, inégalités, etc…

Je lis ce billet sur framablog : « Internet est (devenu) un État policier ». Rien de neuf. Mais aujourd’hui, je percute. Le problème n’est pas la surveillance, c’est encore et toujours l’inégalité. Internet n’y est pour rien.

Imaginez un monde de télépathie généralisée. Tout le monde peut partager ses pensées, ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Il peut le partager avec tout le monde, tout le temps, de façon instantanée, gratuite, et intuitive.

Ce monde ressemble à celui qu’on vit aujourd’hui. Vie privée, transparence et surveillance sont objet d’interrogation dans cet univers. Vous ne pouvez pas y cacher quoique ce soit. Si quelqu’un vous voit, tout le monde peut vous voir.

Mais ces « problèmes » ne viennent pas des technologies. Si tout le monde est connecté à tout le monde par un biais non technologique, on obtient un résultat similaire. La question c’est la circulation quasi-immédiate d’une information qui peut être reçue par n’importe qui.

La technologie amplifie des mécanismes déjà présents auparavant. Si vous avez un problème avec la circulation de l’info, vous n’avez pas un problème avec Internet.

Vous avez un problème avec la liberté d’expression, avec les normes sociales, avec les lois de votre pays, etc. Vous avez aussi peut être un problème avec vous même, qui vous êtes et ce que vous faîtes. Mais vous n’avez pas un problème de technologies.

Break.

Retour à la surveillance. L’un des problèmes aujourd’hui n’est pas la surveillance en tant que telle, mais l’asymétrie dans les moyens de surveiller et la légitimité à le faire.

Asymétrie de moyen : tout le monde n’a pas les moyens financiers, techniques et humains de jouer à little brother. Une surveillance sérieuse et efficace n’est pas donnée.

OK, n’importe qui peut « stalker » presque n’importe qui d’autre. Mais ce genre d’espionnage individuel à ses limites. Il dépend beaucoup de la présence en ligne de la « cible », des moyens temporels et des connaissances du stalker, etc.

Il y a une inégalité forte dans les capacités à surveiller. Les individus n’ont pas une capacité équivalente à agréger, collecter, et exploiter l’information. Sans parler de l’inégalité entre entreprises. Injectez de l’égalité ici, et la surveillance va changer.

Il y a des trucs que vous ne faites pas si on vous voit le faire. C’est de la norme sociale et un peu de droit, pas de la technologie. Si tout le monde peut surveiller tout le monde également, vous risquez de vous calmer sur ce genre de comportements.

Break.

Mais il y a aussi une asymétrie de légitimité. Tout le monde n’est pas autorisé à diffuser l’information également. Il y a une différence forte entre individus et entreprises, qui apparaît douteuse.

Si vous êtes une entreprise, vos employés ont une obligation de confidentialité. Si vous êtes un esclavagiste dans les limites de la loi, vos employés n’ont pas les moyens d’exploiter l’info.

Ils ont l’info, mais ils n’ont pas le droit de la diffuser. Et parce que chacun à son petit secret, ils n’ont pas intérêt à la diffuser. Des fois qu’un jour il faille un jour changer d’employeur.

Supprimez l’obligation de confidentialité pour voir. Les structures qui survivront seront celles qui traitent bien leurs employés, qui sont honnêtes avec leurs publics, et qui font ce qu’elles peuvent pour « Ne pas faire de mal ». Et les gens aideront volontairement ces structures.

Mais de l’autre coté des choses, les structures n’ont pas de difficulté à diffuser l’info. C’est légitime de collecter, stocker et exploiter les données personnelles à des fins d’influence sur les individus privés. L’Europe est même en train de rendre ça plus facile.

Je traduis. La libre circulation de l’information pour influer sur les choix et actes des individus dans des buts commerciaux ou politiques est LÉGITIME. La libre circulation des l’information pour influer sur les choix et actes des structures est ILLÉGITIME.

Wikileaks, anyone ?

À mon sens, une bonne moitié des questions de surveillance est soluble dans l’égalité de moyens et de légitimité à surveiller. C’est le sens de l’appel à la transparence.

Mais la transparence qu’on voit se mettre en place est presque trop volontaire. Une transparence volontaire et stratégique peut très bien consister à cacher en pleine lumière.

Et c’est pour ça que la question de « l’armement » reste importante. La question de l’égalité de moyens et de légitimité, indépendamment de la volonté de transparence de la structure concernée.

Seule question : est ce que je viens pas de faire une défense type NRA ? Genre « Si tout le monde était armé, il y aurait moins de violence ? ». Mmm. Ouais. f7u12.

Image : CC-BY Mike_fleming

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